Foire Saint Germain

Les 32 ans de la Foire Saint-Germain

 

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La physionomie des moeurs

Le portrait photographique m’intéresse depuis de nombreuses années. Si l’apprentissage technique a longtemps pris le pas sur ma propre recherche artistique il m’a néanmoins donné le temps de me nourrir visuellement pour peu à peu tisser des liens entre les différents médiums artistiques.
Il s’agit ici de considérer la photographie et la peinture.
Ce travail cherche à établir des relations entre le réel et le fictif, entre le temporel et l’intemporel.

La grande tradition picturale, telle que la définie Baudelaire, s’emploie à idéaliser de façon ordinaire et accoutumée la vie ancienne. Certes, cela a beaucoup servi les arts mais chaque époque a sa propre beauté et il serait intéressant de prendre les moeurs où elles sont afin de les donner à voir.
Sans pour autant renier la grande tradition ancienne, notre approche tend à représenter notre siècle, nos habitudes sociales ou individuelles, notre « habit d’aujourd’hui », soit notre propre beauté de façon idéale, majestueuse ou poétique.
Il en résulte d’une part une dimension temporelle et d’autre part une dimension intemporelle au sein d’une même image photographique.
La fonction première de mes portraits est une représentation immédiate, purement physique de mes modèles. Il s’agit uniquement de sujets privés afin de se détacher totalement de la beauté publique et officielle.
Le temporel est ainsi une marque historique, une marque de la réalité de notre temps.. Il s’agit de représenter les gens d’aujourd’hui, tels qu’ils sont. Pour certains portraits, il en ressort la position sociale du modèle tandis que pour d’autres, on y remarque davantage l’aspect documentaire. Le réel est la seule latitude du modèle quant à la gestion de sa propre image. Cette approche permet d’atténuer, voire effacer, la mise en image de l’identité subjective et renforce ainsi l’impact de la réalité physionomique et vestimentaire.
Si l’importance de représenter le modèle lui-même fait partie prenante de mon travail, cet apparaître corporal ne doit pas amputer le portrait de sa force transfigurative et de sa puissance de révélation d’une intériorité essentielle.
La représentation fictive passe par une recherche précise de la lumière, sa source ainsi que son positionnement.
Le caractère fictionnel m’autorise à raconter une histoire. Dès lors, je dirige mon modèle qui pose devant l’objectif et, grâce à une utilisation judicieuse de l’éclairage, crée une image fictive, à contenu narratif dans la grande tradition picturale. Dissimuler le peuple actuel derrière des choix esthétiques proches de la représentation picturale traditionnelle permet de rassurer le spectateur tout en l’amenant à considérer et contempler son temps.
Charles Baudelaire : « On peut aimer la beauté générale, qui est exprimée par les poètes et les artistes classiques, on n’en a pas moins tort de négliger la beauté particulière, la beauté de circonstance et le trait de moeurs. » Critique d’art. L´intemporel contient cette force qu´ont certaines oeuvres d´art à ne pas rester coincées dans leur temps.