Foire Saint Germain

Les 33 ans de la Foire Saint-Germain

 

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Qu’on le veuille ou non, il est de plus en plus difficile d’échapper à la morosité et au désenchantement qui tendent à caractériser notre époque. Peut-être parce que seules les voix des plus pessimistes d’entre-nous s’élèvent avec force au-dessus du brouhaha du monde… Peut-être également parce qu’elles nous apparaissent comme les plus immédiatement évidentes…

Ainsi dans son dernier essai, Le Hêtre et le Bouleau, Camille de Toledo, nous décrit, nous, citoyens européens de ce début de 21e siècle, comme les personnages d’Amos Oz, dans son roman, Une histoire d’amour et de ténèbres, hantés par le passé, incapables de vivre au présent, et plus encore d’inventer leur avenir…

Nous serions donc, pour lui, pétrifiés par la mémoire des crimes du 20e siècle, statues de sel à jamais immobiles entre le Holocaust Denkmal et la rue Hannah Arendt, à l’emplacement du mur tombé en 1989…

Si Daniel Mesguich doutait, à l’occasion d’un débat pendant le Salon du Théâtre et de l’édition théâtrale, que le geste théâtral puisse être considéré comme un acte de résistance, René de Obaldia, lui, en ouverture du Marché de la Poésie, portait haut le drapeau de la résistance et du refus de céder à l’air du temps…

Et l’équipe de la Foire Saint-Germain, peu encline à baisser la tête, préfère se reconnaître dans les paroles et dans les gestes d’un René de Obaldia ou d’un Miguel-Angel Estrella, fondateur de l’orchestre pour la paix et de l’ONG Musique espérance, ou encore dans la Marche têtue d’un Gérard Chaliand, héritier d’un génocide et cofondateur du tribunal des peuples…

Et c’est sans doute pour cela que sur ce territoire éphémère qu’elle crée chaque année sur la place Saint-Sulpice, c’est un autre vent qui souffle que celui, amer et aigre, de la résignation…

Certes, l’époque est sombre, inquiétante et l’avenir bien illisible, mais c’est pour quoi nous croyons qu’il est d’autant plus nécessaire d’en finir avec la passivité, de quitter les bords du chemin et de se réinscrire dans la marche du monde pour pouvoir dire : “Oui, de ce monde, nous en sommes”.

Et si telle est, à sa mesure, l’ambition de la Foire Saint-Germain, elle se traduit dans sa volonté d’accueillir, de soutenir, de produire, de défendre et de diffuser la jeune création européenne contemporaine en invitant gratuitement les publics à venir la découvrir 45 jours durant, sur la place Saint-Sulpice et dans les lieux qu’elle investit le temps de son festival.

Inviter gratuitement les publics, pour que se donnent, ensemble, malgré le contexte de crise économique, les occasions de partager de saines et virulentes “disputatio”, autour des propositions que feront, cette année encore, les artistes invités.

Parce que, durant le temps de ce festival, s’inventent, à mon sens, les possibilités d’une rencontre et d’un mouvement indispensables pour reconstruire ne serait-ce que des bouts de ces liens sociaux ou familiaux qui se dissolvent dans la société contemporaine.

Paradoxe de constater que le développement exponentiel des moyens de communication ne parvient à endiguer ni le renvoi de chacun d’entre nous à l’isolement de la virtualité, ni la tentation du repli sur soi…

C’est pourquoi l’équipe artistique de la Foire Saint-Germain fait plus que jamais, en contre de l’époque, le pari du vivant et de la création pour que nous puissions, ensemble, inventer les bases d’un avenir commun.

Un pari qu’elle réitère cette année avec force et conviction au travers de l’ensemble de son projet.
Une opportunité, peut-être, d’ouvrir ensemble une brèche, fut-elle minuscule et éphémère, dans la chape de plomb du cynisme ambiant…

Franck-Olivier Laferrère, Directeur artistique.